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Mathieu Gapin Avocat Montpellier

Entrepreneur individuel ou société : quel statut choisir quand on est freelance ?

C’est l’une des questions que l’on me pose le plus souvent : faut-il exercer son activité en entrepreneur individuel, ou vaut-il mieux créer une société ? Il n’existe pas de bonne réponse universelle. Tout dépend de votre chiffre d’affaires, de vos projets de développement, de votre besoin de protéger votre patrimoine personnel et de votre volonté, ou non, de vous associer un jour.

Pour vous aider à y voir plus clair, voici un comparatif détaillé des deux statuts sur quatre critères concrets : le coût et les formalités, la responsabilité et la protection du patrimoine, l’imposition des bénéfices, et la capacité à financer la croissance de l’activité.

Le coût et les formalités

L’entrepreneur individuel bénéficie de formalités allégées, aussi bien à la création qu’en cours de vie ou à la fermeture de l’activité : pas de statuts à rédiger, pas de capital social à constituer. La comptabilité et le fonctionnement au quotidien sont simplifiés, ce qui en fait une option adaptée pour démarrer rapidement, sans frais administratifs importants.

La société implique, à l’inverse, des coûts et des formalités dès sa constitution, puis tout au long de sa vie sociale. L’intervention d’un expert-comptable, bien que non obligatoire en droit, est en pratique quasiment incontournable chaque année, et représente plusieurs centaines d’euros à budgétiser. Le fonctionnement de la société est par ailleurs fixé dans ses statuts : chaque modification importante, qu’il s’agisse d’un changement de gérant, d’adresse ou d’objet social, entraîne des formalités et des frais. La société offre donc un cadre plus solide pour développer une activité, mais ce cadre a un coût dès le premier jour.

La responsabilité et la protection du patrimoine

En entrepreneur individuel, vous exercez en votre nom propre. Depuis l’entrée en vigueur, le 15 mai 2022, de la réforme du statut de l’entrepreneur individuel, les patrimoines professionnel et personnel sont automatiquement séparés : votre patrimoine personnel est en principe protégé de vos créanciers professionnels. En contrepartie, ce statut ne constitue pas un véhicule patrimonial valorisable : l’activité est construite autour de vous, ce qui peut fragiliser un projet de cession future.

La société, elle, exerce l’activité en tant que personne morale distincte, dotée de son propre patrimoine. Votre responsabilité y est en principe limitée au montant de vos apports au capital, sauf faute de gestion caractérisée ou caution personnelle donnée à un établissement bancaire. La société constitue ainsi un véritable véhicule patrimonial, qui détient l’activité et la divise en titres — actions ou parts sociales — que vous pouvez céder totalement ou partiellement, ou transmettre à vos enfants.

L’imposition des bénéfices

En entrepreneur individuel, l’impôt sur le revenu s’applique à l’intégralité du bénéfice généré par l’activité, que vous l’utilisiez ou non à titre personnel. Deux régimes sont possibles : le régime réel, dans lequel vous êtes imposé sur le bénéfice réellement dégagé, ou le régime micro, dans lequel l’imposition porte sur le chiffre d’affaires après application d’un abattement forfaitaire.

Tranche de revenuTaux
Jusqu’à 11 600 €0 %
De 11 600 € à 29 579 €11 %
De 29 579 € à 84 577 €30 %
De 84 577 € à 181 917 €41 %
Au-delà de 181 917 €45 %

En société, c’est l’impôt sur les sociétés qui s’applique au bénéfice réalisé par la structure elle-même. Une imposition personnelle ne s’ajoute à votre niveau que lorsque la société vous verse une rémunération ou vous distribue des dividendes.

BénéficeTaux
Jusqu’à 42 500 € (sous conditions)15 %
Au-delà de 42 500 €25 %

Le taux réduit de 15 % suppose que la société réalise un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros, que son capital soit entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques.

Le principal avantage de la société sur ce point est donc de pouvoir choisir ce que l’on fait remonter jusqu’à soi, ce qui permet de piloter plus finement son imposition personnelle.

Un exemple chiffré

Prenons un cas concret : votre activité génère 80 000 € de bénéfice annuel, et vous décidez d’en faire remonter 40 000 € vers vous, en laissant le reste dans l’activité.

En entrepreneur individuel, l’intégralité du bénéfice entre dans votre assiette imposable à l’impôt sur le revenu, soit 80 000 €, y compris les 40 000 € que vous n’utilisez que pour développer l’activité.

En société, seule la somme que vous choisissez de faire remonter entre dans votre assiette personnelle, soit 40 000 € : votre impôt sur le revenu s’en trouve mécaniquement réduit. Le solde bénéficiaire, après impôt sur les sociétés, reste dans la société pour financer son développement.

Cet avantage doit toutefois être nuancé : l’argent laissé dans la société ne peut servir qu’à elle. Si votre train de vie est élevé et que vous avez besoin de faire remonter la quasi-totalité des bénéfices vers votre compte personnel, la société perd une grande partie de son intérêt sur ce point précis.

La croissance et le développement de l’activité

L’entrepreneur individuel est une structure solo par nature : elle ne permet ni associé, ni entrée d’investisseur au capital. Les établissements bancaires prêtent également plus difficilement à un entrepreneur individuel qu’à une société. Dès que l’activité prend de l’ampleur, ce statut peut donc devenir un frein à son développement.

La société, en revanche, est adaptée aussi bien à une activité exercée seul qu’à un projet mené à plusieurs. Elle offre plusieurs leviers pour financer ou accélérer la croissance : emprunt bancaire, entrée d’investisseurs au capital, ou encore émission d’obligations. C’est un cadre qui rassure généralement les banques comme les partenaires commerciaux.

En résumé : quel statut pour quel projet ?

L’entrepreneur individuel convient bien à une activité exercée seul et auto-financée, à une activité en phase de démarrage, ou lorsque la priorité est donnée à des frais de fonctionnement réduits et à une gestion administrative simplifiée.

La société est en revanche préférable pour un projet mené à plusieurs ou avec des investisseurs, lorsqu’il existe un besoin de financer la croissance de l’activité, une volonté de piloter finement les sommes qui remontent vers vous, ou une stratégie d’optimisation patrimoniale.

Bonne nouvelle : ce choix n’est pas figé une fois pour toutes. Il est tout à fait possible de démarrer une activité en entrepreneur individuel, puis de la poursuivre en société, par la voie d’un apport de l’entreprise individuelle au capital d’une société.

Besoin d’y voir clair sur votre situation ?

Chaque activité, chaque projet et chaque niveau de revenus appellent une réponse différente. Avant de choisir votre statut, ou d’envisager d’en changer, le plus sûr est d’en discuter avec un professionnel qui prendra le temps d’analyser votre situation concrète.

N’hésitez pas à me contacter pour faire le point sur votre situation et déterminer ensemble la structuration la plus adaptée à votre projet.


Mathieu Gapin, Avocat — Conseil juridique et stratégique pour les entrepreneurs.
Cet article constitue un contenu pédagogique général et simplifié, non personnalisé, et ne saurait remplacer une consultation juridique adaptée à votre situation. Contenu à jour au 21 août 2026.

Sources et cadre juridique :
— Séparation des patrimoines professionnel et personnel de l’entrepreneur individuel : loi n° 2022-172 du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante, codifiée aux articles L. 526-22 et suivants du code de commerce (entrée en vigueur le 15 mai 2022).
— Barème de l’impôt sur le revenu 2026 : article 197 du code général des impôts ; voir la présentation officielle sur service-public.gouv.fr.
— Taux de l’impôt sur les sociétés (25 % / 15 %) : article 219 du code général des impôts ; doctrine administrative BOI-IS-LIQ-20-20 (BOFiP). Le seuil de 42 500 € reste, à la date de publication, celui en vigueur ; une proposition d’amendement au PLF 2026 visant à le relever à 100 000 € a été débattue mais n’était pas définitivement adoptée à ce jour.

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